Jugez-vous votre bagage de connaissances sur la violence fondée sur le genre et les femmes âgées de plus de 55 ans suffisant?
Qu'est-ce que je devrais savoir au sujet du soutien des femmes aînées et des personnes de la diversité des genres vivant différentes formes de discrimination?
Qu'en est-il de celles qui s'identifient comme :
Les Premières Nations, les Métis et les Inuits sont les trois groupes distincts reconnus comme étant autochtones au Canada, chacun ayant sa propre histoire, sa propre culture, son identité et des liens juridiques distincts avec la Couronne au pays. Bien qu’elles partagent des expériences de colonisation et de discrimination systémique, ces entités ne constituent pas un groupe homogène. Les relations entre elles sont variées et façonnées par des contextes historiques, géographiques et politiques différents. Les efforts en faveur de la réconciliation et de la justice doivent respecter leurs droits, leurs peuples et leurs voix uniques.
Les femmes autochtones aînées portent souvent tout le poids des traumatismes du passé : legs des pensionnats, déplacements forcés et politiques d’assimilation culturelle. Ce vécu peut entraîner une profonde méfiance envers les autorités et leurs institutions, ce qui aura une incidence sur leur volonté de demander de l’aide. Les aînées peuvent de plus avoir subi de nombreuses formes de violence tout au long de leur vie, dont un déracinement culturel et la perte de leurs rôles traditionnels. (Statistique Canada) (Canada.ca).
Les mères et grands-mères autochtones victimes de violence de la part de leurs enfants adultes ou petits-enfants peuvent croire qu’elles doivent garder le silence afin de protéger les jeunes générations des autorités et de compenser les expériences vécues de racisme et de discrimination qu’elles ont.
Souvent perçues comme des gardiennes du savoir et des matriarches, ces femmes aînées peuvent ressentir une forte responsabilité de préserver les traditions culturelles et de maintenir l’unité du clan familial. Ce rôle culturel peut parfois les pousser à garder le silence sur des violences subies afin d’éviter de faire honte à leur famille et à leur communauté.
La résilience des femmes autochtones âgées témoigne dans ce contexte de leur capacité de survivre et de leur force. Beaucoup de ces aînées ont maintenu l’unité de leur famille à travers les générations, préservé leurs pratiques culturelles face à une violente tentative d’éradication et résisté discrètement à l’oppression systémique tout en éduquant la génération suivante. Leur connaissance de la terre, des liens de parenté, des cérémonies et des soins continue de marquer les communautés et les mouvements pour la justice. Reconnaître leur force, c’est reconnaître non seulement les préjudices qu’elles ont subis, mais aussi leur leadership et la résistance et la sagesse qu’elles continuent d’incarner face à une violence coloniale toujours présente.
Ressources :
Les femmes francophones aînées victimes de violence fondée sur le genre (VFG) peuvent se heurter à des obstacles particuliers lorsqu’elles cherchent à obtenir du soutien et de l’aide. Ces difficultés découlent souvent d’une combinaison de facteurs linguistiques, culturels et reliés à l’âge. La communauté francophone du Canada est très diversifiée et reflète une grande variété d’identités culturelles, régionales, linguistiques et historiques. Bien que le français soit la langue commune, les expériences et les origines des francophones varient considérablement en fonction de facteurs tels que la géographie, le patrimoine et la migration. Il peut y avoir de la discrimination fondée uniquement sur des accents régionaux (la « glottophobie »), car certaines façons de parler la langue française sont considérées comme supérieures, ce qui entraîne donc une insécurité linguistique. Les femmes francophones lesbiennes, bisexuelles ou non binaires apportent de nouvelles perspectives pour la défense des droits et de la culture au sein des communautés francophones. La langue française étant très genrée, les francophones de la diversité des genres peuvent avoir du mal à exprimer leurs expériences dans leur langue maternelle. Certaines communautés autochtones ont adopté le français comme première ou deuxième langue en ajoutant ainsi une dimension linguistique à leur identité culturelle.
Les aînées francophones ont un accès limité à des services en français dans de nombreuses régions du pays, en particulier dans les endroits où il y a peu de francophones et où des services tels que ceux des maisons d’hébergement, les services de counseling, l’aide juridique et les lignes d’assistance téléphonique peuvent ne pas être offerts en français. Il peut être aussi difficile de savoir quelles organisations disposent de personnel francophone et leur taux de roulement est élevé. Même pour les organismes qui affichent offrir des services en français, cela dépend du personnel disponible. Le manque de personnel francophone dans les services de lutte contre la violence conjugale est courant et il leur est difficile de conserver leur personnel francophone. Cela est surtout vrai dans les services disposant de moins de ressources (refuges, centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle, services d’aide aux victimes de VFG) lorsque d’autres secteurs peuvent offrir des salaires plus élevés. Le manque de formation sur la VFG dans l’ensemble du système des services de soins à la personne signifie que les travailleur.euse.s de première ligne sont peu susceptibles d’être formé.e.s pour reconnaître ou répondre aux besoins particuliers des victimes francophones aînées, ce qui se traduit par un soutien mal adopté. Les fournisseurs de services doivent s’assurer que les renseignements donnés sur leurs services sont exacts et à jour en ce qui a trait à la prestation de services en français.
Les aînées francophones sont pourtant, et ce, depuis longtemps, les garantes de la résilience culturelle de leur communauté, de sa vitalité linguistique et de sa solidarité. Ces femmes ont contribué à préserver la langue et les traditions pendant des générations, souvent malgré les pressions assimilationnistes et l’isolement géographique. Beaucoup ont joué un rôle clé dans le maintien des institutions culturelles, pour le bénévolat dans les espaces communautaires et dans la promotion de la solidarité intergénérationnelle. Leur expérience de vie, leur humour et leurs récits font partie intégrante du tissu social des communautés francophones à travers le Canada. Reconnaître leur force signifie aller au-delà des lacunes en matière de services pour honorer leurs contributions et veiller à ce que leurs voix soient au cœur des efforts visant à améliorer l’accès, l’équité et le soutien culturel des services de soins.
Ressources :
Les femmes plus âgées vivant avec un handicap sont confrontées à de nombreux obstacles lorsqu’elles cherchent de l’aide, notamment des problèmes d’accessibilité physique, des barrières de communication et un manque de services spécialisés. La stigmatisation associée à la fois au handicap et au fait d’être une femme aînée peut les isoler davantage et les dissuader de signaler des agressions ou de maltraitance et de demander de l’aide. (ONU Femmes).
Ces femmes subissent des formes particulières de maltraitance, entre autres le refus de leur administrer des médicaments ou de leur fournir des appareils fonctionnels ou des violences physiques ciblant leur handicap. Elles peuvent aussi être victimes de négligence, les aidant.e.s ne leur fournissant pas les soins nécessaires, ce qui peut mettre leur vie en danger. Elles peuvent éprouver une plus grande peur de leurs agresseurs et être davantage dépendantes d’eux pour les soins quotidiens, ce qui complique leur capacité à se sortir de situations de maltraitance. Cette dépendance peut inclure de la malversation financière, les agresseurs contrôlant leur accès à leurs avoirs. Elles courent un risque plus élevé de violence sexuelle en raison de leur vulnérabilité perçue, de leur dépendance envers autrui pour leurs soins personnels et des stéréotypes sociaux qui les dévalorisent.
Les femmes âgées handicapées sont sous-représentées dans la recherche et les services de soutien, ce qui entraîne un manque d’interventions et de systèmes avec des mesures de soutien adaptées. Cette négligence exacerbe leur vulnérabilité et la gravité des abus dont elles sont victimes.
Malgré ces obstacles systémiques, les aînées handicapées sont souvent de puissantes défenseures de leur milieu, des détentrices de connaissances et des leaders communautaires. Beaucoup d’entre elles ont développé de savantes stratégies pour évoluer dans des environnements inaccessibles et résister aux préjugés liés aux handicaps tout au long de leur vie. Leur vécu offre des informations cruciales sur la manière dont les systèmes doivent changer, non seulement pour s’adapter, mais aussi pour mettre la justice pour les personnes handicapées au centre de leurs préoccupations. Leur résilience ne repose pas sur le fait de surmonter leur handicap, mais sur la remise en question des structures les marginalisant et sur la création de réseaux de soins mutuels, de créativité et de survie. Valoriser ces cheffes de file signifie garantir leur inclusion dans l’élaboration des politiques, la conception des programmes et le développement des services communautaires.
Ressources :
Les femmes immigrantes, demandeuses d’asile et réfugiées aînées qui ont survécu à la VFG sont confrontées à des obstacles particuliers liés à la langue, aux différences culturelles, au statut juridique, à la vulnérabilité économique et à la discrimination systémique. Elles peuvent avoir des difficultés à s’acculturer dans une nouvelle société, surtout si elles immigrent à un âge avancé au pays. Cela peut entraîner un isolement accru et une dépendance vis-à-vis des membres de leur famille ou de leur communauté, des gens qui peuvent en profiter. Elles peuvent de même subir un choc culturel et un fossé générationnel avec les membres plus jeunes de leur famille qui se sont intégrés à la société canadienne, ce qui complique la dynamique familiale et le soutien offert.
Les femmes nouvellement arrivées plus âgées ont souvent moins accès aux services d’aide, tels que les maisons d’hébergement, les services de counseling et l’aide juridique en raison des barrières linguistiques, du manque de sensibilisation et de leur méfiance envers les autorités. Elles peuvent occuper des rôles traditionnels au sein de la famille, qui peuvent comprendre la garde des petits-enfants ou le maintien des pratiques culturelles. Ces rôles peuvent accroître leur isolement et leur dépendance vis-à-vis des membres de leur famille. Les attentes culturelles peuvent aussi les dissuader de dénoncer de la maltraitance ou de quitter leur résidence dans des situations de violence. Elles peuvent également ressentir de la honte ou craindre la stigmatisation au sein de leur communauté culturelle, ce qui peut les empêcher de demander de l’aide. La stigmatisation associée au divorce ou à la rupture d’une relation violente est souvent plus forte chez les générations plus âgées, ce qui rend ces aînées réticentes à signaler des gestes de violence ou à demander de l’aide. La combinaison de ces facteurs peut rendre les femmes immigrées plus âgées particulièrement vulnérables à des agressions répétées sans accès à du soutien.
Les femmes âgées qui arrivent au Canada en provenance de zones de conflits peuvent avoir perdu des membres de leur famille ou avoir été séparées de leur réseau de soutien en raison de la guerre, du déplacement ou des processus de relocalisation. L’absence de structures de soutien social et familial connues peut les laisser se sentir seules et sans personne vers qui se tourner. Leurs expériences sont façonnées par ce qu’elles ont vécu avant et après leur migration, les traumatismes qu’elles ont subis et les défis reliés à leur adaptation à un nouveau pays avec un système culturel, juridique et social différent du leur. Elles ont souvent subi des traumatismes multiples et concomitants, notamment des violences liées à la guerre, des exils, la perte de membres de leur famille et des VFG telles que le viol, des agressions sexuelles ou de la violence conjugale. Ces traumatismes complexes peuvent rendre plus difficile d’avoir confiance envers les autres ou la recherche d’aide.
Toutefois, de nombreuses aînées nouvellement arrivées font preuve d’une résilience extraordinaire. Malgré les traumatismes, le déracinement et la marginalisation, elles puisent dans leurs puissantes forces culturelles, spirituelles et personnelles pour persévérer malgré leurs pertes. Elles peuvent prendre soin des autres et reconstruire leur vie dans des milieux inconnus et souvent peu accueillants. Leur résilience est souvent discrète mais profonde, enracinée dans des vécus faits de survie, d’adaptabilité et d’espoir. Il est essentiel de reconnaître et d’honorer cette résilience afin d’instaurer un climat de confiance, de favoriser la mise en place de systèmes de soutien adaptés à leur culture et de créer un espace où les aînées nouvellement arrivées sont considérées non seulement en fonction de leur vulnérabilité, mais aussi comme des vecteurs de guérison, de sagesse et de force.
Ressources :
L’intersection de l’âgisme, du racisme et du sexisme aggrave les expériences de violence vécues par les femmes aînées. L’héritage d’une discrimination raciale historique et persistante nourrit la méfiance à l’égard des forces de l’ordre, des services sociaux et du système judiciaire, ce qui rend plus laborieux de demander de l’aide. Les femmes aînées peuvent être victimes de stéréotypes raciaux. Par exemple, les femmes noires sont souvent victimes de stéréotypes comme ceux de la « femme noire forte » ou de la « femme noire en colère », qui minimisent leurs expériences de vie traumatisantes et les empêchent de rechercher ou de recevoir un soutien adéquat.
Les femmes âgées sont confrontées à des formes spécifiques de violence qui peuvent être exacerbées par leur statut d’individus racialisés lorsqu’elles sont confrontées à des fournisseurs de services qui ont des préjugés inconscients ou non. Elles peuvent se sentir isolées en raison du manque de ressources communautaires adaptées à leurs besoins.
Les femmes âgées racialisées ont souvent des liens étroits avec leur héritage culturel et peuvent adhérer aux normes et valeurs traditionnelles. Cela peut influencer leur réaction face à la VFG, en les rendant par exemple réticentes à identifier un comportement comme violent ou à signaler des actes de violence par crainte de faire honte à leur famille ou à leur communauté. De la discrimination peut se manifester au sein même de leur communauté culturelle, en particulier si elles s’écartent de leurs rôles traditionnels.
Dans le même temps, les femmes âgées racialisées sont porteuses d’un héritage profond de résistance, de sagesse et de continuité culturelle. Beaucoup ont survécu à des générations d’exclusion systémique, de racisme et de violence sexiste tout en continuant à s’occuper de leur famille, à construire des communautés et à défendre la justice. Leurs connaissances spirituelles, culturelles et pratiques ont ancré la force intergénérationnelle et nourri la résilience collective. Ces femmes sont souvent les centres culturels et moraux de leurs communautés : elles sont conteuses, guérisseuses et leaders discrètes. Pour reconnaître leur force, il faut écouter leurs voix, honorer leurs expériences vécues et veiller à ce qu’elles soient non seulement protégées contre tout préjudice, mais aussi incluses en tant que participantes actives dans la mise en place de systèmes plus sûrs et plus équitables.
Ressources :
Support Network for Indigenous Women and Women of Colour (en langue anglaise)
Les personnes aînées bispirituelles, celles qui ont à la fois une identité autochtone et une identité de genre et sexuelle, sont confrontées à des formes distinctes de marginalisation qui trouvent leur origine dans la colonisation, le racisme systémique et la cishétéronormativité. Avant la colonisation, de nombreuses nations autochtones reconnaissaient et honoraient les personnes bispirituelles pour leurs rôles sacrés, mais ces traditions ont été violemment perturbées par l’imposition colonialiste des systèmes de genre binaires, de la doctrine chrétienne et des pensionnats. En conséquence, de nombreuses personnes bispirituelles ont été rejetées à la fois par les systèmes coloniaux et parfois par leurs propres communautés.
Plus tard dans leur vie, les personnes bispirituelles âgées peuvent porter le traumatisme du déplacement culturel, de l’éloignement familial et des abus systémiques dans les domaines des soins de santé, de l’éducation, du logement et du maintien de l’ordre. Elles peuvent avoir été contraintes de cacher ou de réprimer une partie de leur identité pour survivre, ce qui a conduit à une honte intériorisée ou à une déconnexion de leur culture et de leur communauté. Le manque de services culturellement sûrs et inclusifs pour les 2SLGBTQI+ dans les domaines du vieillissement, du logement et des soins de santé peut aggraver encore davantage le sentiment d’invisibilité et d’isolement.
Les personnes bispirituelles se retrouvent souvent effacées tant au sein des mouvements LGBTQ+ traditionnels (qui sont centrés sur les cadres du colonialisme) que dans les services aux personnes âgées qui ne reconnaissent pas la complexité de la diversité sexuelle et de genre chez les Autochtones. Pour celles et ceux qui renouent avec leur culture plus tard dans leur vie, en particulier après avoir subi des violences ou avoir été déplacés, ce parcours vers la guérison peut être très personnel et complexe.
Les personnes bispirituelles âgées sont détentrices de connaissances, des porteuses de culture et des survivantes d’une violence historique et toujours actuelle immense. Beaucoup ont perpétué les enseignements autochtones, ont contesté leur effacement tant dans les espaces colonisés que autochtones et ont mené des mouvements en faveur de la reconquête et de la renaissance. Leurs narratifs sont ceux d’une résistance sacrée, d’une survie créative et d’une grande sagesse. Reconnaître leur force nécessite d’affirmer leur identité et de restaurer l’honneur et l’appartenance que la colonisation a tenté d’effacer. Elles sont au cœur de la guérison des communautés et de la décolonisation du genre, de la sexualité et du vieillissement.
Les femmes lesbiennes et bisexuelles plus âgées vivent à l’intersection de l’âgisme, du sexisme et de l’hétéronormativité. Ces dernières sont confrontées à des défis uniques liés à une marginalisation qui dure depuis toujours. Plusieurs ont traversé des périodes où leur identité était criminalisée, pathologisée ou rejetée par leur famille, leur religion et la société. Ces expériences traumatisantes, historiques et systémiques, peuvent entraîner de la peur, une stigmatisation intériorisée et un sentiment d’invisibilité.
Elles peuvent être confrontées à l’exclusion tant dans les services traditionnels destinés aux personnes aînées que dans les espaces 2SLGBTQI+ qui donnent la priorité aux jeunes. Les stéréotypes, tels que celui d’être solitaire, instable ou asexué, effacent davantage leur identité et limitent la compréhension de leurs besoins. À un âge avancé, l’isolement peut s’intensifier pour celles qui n’ont pas d’enfants ou de structures familiales traditionnelles, en particulier si elles ont connu une rupture avec leur famille en raison de leur orientation sexuelle. Les systèmes de soins de longue durée et de logement manquent souvent de pratiques affirmatives, ce qui oblige certaines de ces personnes à dissimuler à nouveau leur identité pour rester en sécurité.
Les services de santé et les services sociaux peuvent ne pas reconnaître ou affirmer leur identité, ce qui entraîne des soins inadéquats ou de nouveaux traumatismes. La pression exercée pour dissimuler son identité, en particulier dans les établissements de l’État, reste une réalité douloureuse pour de nombreuses aînées lesbiennes et bisexuelles.
Et pourtant ces femmes ont mené une vie engagée malgré des systèmes qui n’ont jamais été conçus pour elles. Beaucoup ont recréé des familles, entretenu des liens avec des partenaires à long terme et lutté pour des changements sociaux — depuis les débuts du militantisme 2SLGBTQI+ jusqu’aux mesures communautaires actuelles pour les soins à la personne. Leur résilience, leur créativité et leur refus de se conformer ont ouvert la voie aux générations futures. Ce sont des conteuses, des aidantes, des organisatrices et des pionnières qui continuent de réinventer ce que peut être le vieillissement dans la fierté et la dignité. Reconnaître leur force signifie équivaut à créer des espaces où elles sont non seulement en sécurité, mais aussi pleinement visibles.
Les personnes aînées de la diversité des genres, y compris les personnes transgenres et non binaires, sont confrontées à des risques distincts et souvent méconnus de VFG. Leurs expériences sont façonnées non seulement par leur identité de genre, mais aussi par l’âgisme, le capacitisme, le racisme et la marginalisation tout au long de leur vie dans les systèmes de santé, juridiques, du logement et des services sociaux. Trop souvent, les services de lutte contre la VFG reposent sur des hypothèses binaires et cisnormatives et rendent ces survivant.e.s invisibles ou exclus. Il est essentiel d’identifier leurs expériences et de reconnaître leurs forces afin de mettre en place des réponses inclusives et équitables pour celles-ci.
Les adultes plus âgé.e.s non binaires font face à des obstacles distincts en matière de sécurité et de soutien. La plupart des services fonctionnent selon la conception binaire du genre, ce qui peut conduire à une méconnaissance, à l’exclusion ou au refus de fournir des soins. Leurs expériences de violence peuvent passer inaperçues tant dans la recherche que dans la pratique. Les personnes non binaires adultes peuvent de plus être confrontées à une invisibilité accrue en tant que personnes âgées et de la diversité des genres. Cela rend plus difficile la recherche d’une communauté ou d’un soutien concret. La nature genrée de nombreux services, des refuges aux formulaires d’admission dans les hôpitaux, crée des obstacles supplémentaires à l’accès aux soins.
Les personnes aînées non binaires ont élargi le vocabulaire et l’imaginaire du genre. Leur résistance silencieuse, leur créativité et leur insistance sur l’authenticité continuent de remettre en question des normes rigides et d’ouvrir de nouvelles voies pour comprendre les soins, l’identité et la communauté. Leur contribution est essentielle pour assurer la sécurité et le sentiment d’appartenance de tous et de toutes.
Les femmes aînées trans qui ont survécu à de la VFG sont souvent exposées à des risques accrus en raison de la transphobie, de la discrimination dans le milieu médical et de l’exclusion sociale. Beaucoup d’entre elles ont subi toute leur vie une marginalisation dans tous les domaines, notamment pour le logement, les soins de santé, l’emploi et la sécurité sur les voies publiques. À un âge avancé, elles peuvent être victimes d’erreurs d’identification de genre ou se voir refuser des soins dans des établissements où l’on n’est pas formé à reconnaître et à respecter la diversité de genre.
Les hommes trans aînés sont aussi victimes de VFG qui est souvent ignorée. Certains ont survécu à des agressions antérieures ou concomitantes à leur transition, notamment des violences sexuelles et le rejet de leur famille. D’autres sont confrontés à des violences fondées sur la transphobie, telles qu’une « sortie du placard » forcé, le geste intentionnel de mégenrer ou la violence conjugale, qui découlent d’attentes rigides en rapport avec la masculinité. Les hommes trans peuvent être exclus des services qui ne sont pas équipés pour soutenir les survivants présentant une apparence masculine et ils peuvent hésiter à révéler les violences subies par crainte de ne pas être crus ou de voir leur identité effacée.
Malgré cela, les personnes transgenres plus âgées font preuve d’une grande résilience et apportent des voix essentielles aux discussions sur la VFG. Beaucoup ont appuyé des mouvements 2SLGBTQI+ et féministes, ont permis à d’autres de survivre et ont montré ce que signifie vivre avec courage et authenticité. Leur leadership et leur expérience sont essentiels à la construction de systèmes et de communautés inclusifs pour toutes les personnes transgenres.
Les victimes aînées de violence sexiste (VFG) présentant une intersexualité sont confrontées à des défis uniques en raison de la stigmatisation, de la discrimination sur le plan médical, du manque de sensibilisation et de la marginalisation systémique. Ces personnes peuvent avoir des préférences variables quant à la manière dont elles décrivent leur corps, leur identité et leurs expériences de vie. Certaines peuvent utiliser le terme « intersexué », tandis que d’autres peuvent préférer des termes médicaux spécifiques, des termes culturels précis ou vouloir éviter tout étiquetage. Les fournisseurs de soins à la personne doivent demander à ces personnes comment elles préfèrent être désignées et respecter la terminologie qu’elles ont choisie.
De nombreuses personnes intersexuées âgées ont subi des interventions médicales non consenties ou forcées (telles que des chirurgies, des traitements hormonaux ou d’autres procédures) visant à conformer leur corps aux normes binaires du genre. Ces procédures ont souvent été pratiquées pendant l’enfance ou l’adolescence sans leur consentement ou leur pleine compréhension, entraînant des traumatismes physiques, émotionnels et psychologiques la vie durant. Les prestataires de soins doivent comprendre que ces personnes peuvent avoir des problèmes de santé particuliers ou des déclencheurs liés à des traumatismes résultant d’expériences médicales passées. De nombreuses personnes intersexuées âgées vivent avec les effets physiques et psychologiques à long terme de traitements médicaux non consentis.
Ressources :
Les aînées atteintes de troubles tels l’autisme, le TDAH ou la dyslexie qui sont aussi victimes de VFG sont confrontées à des défis uniques en raison de la stigmatisation sociale, de l’incompréhension liée à la neurodiversité et d’enjeux d’envergure systémique. En effet, l’expérience des VFG chez les femmes neurodivergentes peut varier considérablement entre les aînées et les femmes plus jeunes en raison des différences d’attitudes générationnelles, de l’accessibilité aux systèmes d’aide et des vulnérabilités associées à l’âge et à la neurodiversité.
Les aînées neurodivergentes ont grandi à une époque où ces troubles neurologiques étaient moins connus et moins bien compris, ce qui pouvait se traduire par des erreurs de diagnostic ou même à une absence de diagnostic. Cela peut exacerber leur vulnérabilité face à la VFG (physique, émotionnelle et financière). Les aînées neurodivergentes peuvent de même être confrontées à des formes spécifiques de violence, telles que le refus de leur apporter le soutien nécessaire ou le fait d’être contraintes à accepter des modalités de prise en charge inappropriées pour elles. Elles peuvent rencontrer des obstacles plus importants pour accéder à l’aide en raison d’un manque de compréhension et d’acceptation de la neurodiversité pendant leur croissance. Elles peuvent ne pas connaître ou ne pas avoir accès à des services d’aide qui reconnaissent la neurodiversité. En plus, elles peuvent avoir des difficultés à s’y retrouver dans les systèmes complexes d’aide juridique ou médicale, surtout si elles n’ont jamais eu accès à des outils d’adaptation ou à de la formation pour la défense de leurs droits essentiels. (Springer Nature Link).
Les femmes aînées peuvent d’ailleurs avoir intériorisé la stigmatisation ou les attitudes négatives de la société à l’égard de la neurodiversité, ce qui entraîne alors une baisse de leur estime de soi et une vulnérabilité accrue face à la manipulation ou aux violences. Elles peuvent de plus se sentir moins aptes à défendre leurs intérêts ou à demander de l’aide, surtout si elles ont été victimes de discrimination ou d’incompréhension pendant longtemps. (Autism Research Institute)
Le personnel des fournisseurs de services devrait suivre une formation sur la neurodiversité afin de réduire la stigmatisation, d’améliorer leur compréhension de la chose et de mettre en place des pratiques attentives à la neurodiversité, par exemple des méthodes de communication claires, des milieux d’accueil adaptés aux sensibilités sensorielles et un soutien personnalisé.
Ressources :
Les aînées atteintes de démence et qui sont victimes de VFG sont confrontées à des entraves complexes en raison de leurs troubles cognitifs, de la stigmatisation sociale et de leur dépendance vis-à-vis de leurs aidant.e.s (qui peuvent parfois être les auteurs de ces violences). Pour relever ces défis, il est nécessaire d’adopter une approche tenant compte des traumatismes et de la violence qui est adaptée à la condition de démence.
La démence (qui englobe des maladies telles que la maladie d’Alzheimer) altère les fonctions cognitives comme la mémoire, le raisonnement et la communication, rendant ces femmes particulièrement vulnérables à diverses formes de maltraitance. La stigmatisation associée à la démence découle souvent d’incompréhensions, de stéréotypes et de craintes entourant ce type de pathologie. Les personnes atteintes de démence sont souvent considérées comme incapables, imprévisibles, voire dangereuses. Il existe aussi des idées fausses selon lesquelles elles sont dans les faits incapables de contribuer à la société ou de prendre des décisions, même aux premiers stades de leur maladie. Cela peut conduire à les infantiliser, à les ignorer ou à les traiter avec moins de respect.
Les troubles cognitifs peuvent faire en sorte que les femmes atteintes de démence oublient les incidents de maltraitance ou aient du mal à se souvenir des détails, ce qui rend difficile pour elles de signaler des actes de violence ou de maltraitance et de demander de l’aide. Cela signifie également qu’elles peuvent être les victimes à plusieurs reprises d’un même agresseur sans pouvoir prendre de mesures de protection. Des contrôles réguliers et indépendants effectués par des organismes de l’extérieur peuvent contribuer à renforcer la sécurité de ces femmes atteintes de démence.
Les troubles cognitifs les empêchent de reconnaître qu’elles sont victimes d’exploitation financière, ce qui augmente encore davantage le risque de malversations à leur endroit. Ces aînées peuvent être incapables d’évaluer correctement les situations, de reconnaître le danger ou de prendre des décisions éclairées. Il faut faire appel à un tiers de confiance (par exemple, un membre de la famille ou un défenseur de ses droits) dans le cadre des plans de soins afin d’atténuer les risques d’isolement et de violence.
De plus, la démence entraîne souvent des problèmes de langage et de communication. Il est alors, difficile pour les victimes de divulguer leurs expériences de maltraitance ou de demander de l’aide. Cette barrière de la communication peut aussi conduire à ce que leurs signalements de maltraitance soient rejetés ou mal compris par les soignant.e.s, les membres de leur famille ou les autorités.
La démence s’accompagne souvent d’un déclin physique, faisant en sorte que les femmes aînées soient plus vulnérables physiquement et moins aptes à se défendre contre les gestes de violence physique ou les agressions sexuelles. Au fur et à mesure que la maladie progresse, ces femmes peuvent devenir plus dépendantes émotionnellement de leurs aidant.e.s ou de leurs proches, ce qui peut être exploité par des agresseurs recourant à la manipulation émotionnelle ou à la coercition pour maintenir leur contrôle.
Elles sont confrontées à diverses formes de discrimination, dont l’âgisme et le capacitisme. La société dévalorise souvent les personnes âgées, en particulier celles qui souffrent de troubles cognitifs, ce qui conduit à ignorer ou à rejeter leurs expériences de vie et leurs opinions.
Les signes de maltraitance chez les femmes atteintes de démence peuvent être négligés ou attribués à leur état cognitif plutôt que reconnus comme étant de la maltraitance. Par exemple, des ecchymoses peuvent être considérées comme des chutes accidentelles et des changements de comportement peuvent être considérés comme des symptômes de démence plutôt que comme des indicateurs de traumatismes. Tous les fournisseurs de services travaillant avec des personnes âgées devraient être formés à la VFG afin d’être en mesure de reconnaître les signes avant-coureurs et les indices d’une aggravation du risque et de savoir comment réagir et vers qui s’adresser dans la communauté.
Ressources :
Les homicides liés au genre et les féminicides sont plus fréquents dans les zones rurales que dans les zones urbaines au Canada. En 2021, le taux d’homicides liés au genre au Canada était plus de 2,5 fois plus élevé dans les zones rurales que dans les zones urbaines (1,13 contre 0,44 pour 100 000 habitants) canada.ca.
De plus, entre 2017 et 2020, la proportion de féminicides commis à l’aide d’une arme à feu était nettement plus élevée dans les petites agglomérations rurales (29 %) que dans les grandes et moyennes agglomérations (12 %) gbvlearningnetwork.ca.
Un des obstacles les plus importants auxquels font face les femmes aînées dans les zones rurales et les régions éloignées est l’isolement géographique. Beaucoup vivent dans des communautés où la maison d’hébergement ou le refuge, l’établissement de santé ou les services d’aide les plus proches se trouvent à plusieurs heures de route. Des moyens de transport limités restreignent encore davantage leur capacité à demander de l’aide, surtout si elles ne conduisent pas d’automobile ou dépendent d’un partenaire violent pour se déplacer. Dans les cas où les transports publics sont inexistants ou peu fiables, ces femmes peuvent se retrouver dans l’impossibilité de quitter leur relation en toute sécurité.
L’accès à de l’aide est aussi compliqué par la disponibilité limitée des services sociaux. De nombreuses zones rurales manquent de refuges, de centres d’aide d’urgence ou d’aide juridique et de prestataires de soins de santé spécialisés formés pour la VFG. Même lorsque ces services existent, ils sont souvent sous-financés et ont peine à répondre à la demande. Dans certains cas, les commissariats de police, les tribunaux et les travailleur.euse.s sociaux chargé.e.s d’aider les victimes peuvent se trouver dans une autre ville ou exiger de longs délais d’attente pour obtenir de l’aide.
Les communautés très soudées peuvent décourager encore plus les femmes à demander de l’aide. Dans les petites villes, la vie privée est limitée et les survivantes peuvent craindre d’être reconnues à la clinique locale, au poste de police ou à l’épicerie. La stigmatisation sociale et la peur des « commérages » dissuadent souvent les femmes de signaler des gestes de violence, surtout si l’auteur de ceux-ci est bien vu dans sa communauté. Ce manque d’anonymat rend difficile pour ces femmes de demander de l’aide sans subir de répercussions.
De même, les possibilités d’hébergement d’urgence sont rares dans de nombreuses zones rurales et isolées. Alors que les centres urbains peuvent disposer de locaux dédiés aux femmes fuyant la violence, les communautés rurales ont souvent peu ou pas d’installations de ce type. Même lorsque des lits sont disponibles dans des maisons d'hébergement, ceux-ci peuvent être situés dans une ville éloignée, obligeant ces femmes à quitter leur réseau de soutien social. Cela peut être particulièrement difficile pour les aînées qui dépendent de leur famille, de leurs voisins ou des membres de leur communauté pour un soutien au quotidien.
Les technologies pourraient être une solution éventuellement mais l’accès limité à un réseau numérique reste un enjeu majeur. L’accès à Internet et aux services de téléphonie mobile peut être peu fiable ou non disponible dans les régions reculées et il sera alors difficile pour ces femmes de contacter les services d’urgence, d’accéder à des services de counseling en ligne ou de participer à des consultations juridiques sur une plate-forme virtuelle. De plus, certaines femmes aînées peuvent ne pas avoir l’habitude d’utiliser les plates-formes numériques, ce qui les éloigne encore davantage d’un accès à des services à distance.
Les interventions des forces de l’ordre peuvent de plus être inégales dans les zones rurales et reculées. Les postes de police peuvent être éloignés et les délais d’intervention peuvent être longs pour des femmes vulnérables dans les situations de crise. Dans certains cas, les policiers peuvent connaître l’agresseur, ce qui soulève des inquiétudes quant à leur impartialité ou à leur réticence à intervenir. Si les victimes doivent se présenter au tribunal, la distance qui les sépare des services juridiques peut constituer un autre obstacle, car elles peuvent être amenées à parcourir de longues distances pour se rendre au tribunal ou rencontrer leur avocat.e.
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Notions de base : comment des facteurs socio-économiques affectent les victimes-survivantes plus âgées ?
Les aînées, surtout celles qui ont passé des années à exercer des fonctions d’aidantes non rémunérées ou mal rémunérées, disposent souvent de ressources financières limitées. Même celles qui jouissent d’une certaine stabilité économique peuvent craindre de vivre seules, car l’isolement social peut être une préoccupation majeure pour elles. Des antécédents de VFG peuvent aggraver encore leur vulnérabilité sur le plan économique en raison des interruptions de carrière, du coût des soins de santé, de l’exploitation financière et des conséquences à long terme des traumatismes vécus. Pour les femmes aînées subissant aussi de la discrimination fondée sur la race, les capacités, l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou leur situation géographique, les répercussions sociales et économiques de la VBG sont encore amplifiées, ce qui rend encore plus difficile l’accès à un logement en sécurité. Plus encore, un espace personnel limité, de mauvaises conditions de vie et la négligence de la famille peuvent aggraver leurs problèmes de santé chroniques, réduire leur bien-être et accroître leur dépendance vis-à-vis des autres.
Avec des revenus limités, il est difficile d’accéder à un logement en sécurité et abordable. Les femmes aînées qui ne sont pas financièrement indépendantes peuvent être contraintes de déménager fréquemment, de dormir dans des lieux surpeuplés ou de ne pas avoir le droit de rester dans leur logement. Beaucoup dépendent des logements sociaux, mais les longues listes d’attente les placent dans des situations précaires. Les survivantes de VFG peuvent en plus être rejetées par leur famille et leur communauté, ce qui réduit leur filet de sécurité sociale et leur accès à des systèmes de soutien informels. Elles peuvent ne pas connaître ou ne pas avoir accès aux refuges et aux programmes d’aide au logement qui s’adressent le plus souvent aux jeunes survivantes et ne sont pas toujours conçus pour répondre aux besoins des femmes plus âgées.
La crise du logement peut contraindre les aînées à vivre avec des membres de leur famille, des amis ou des connaissances afin d’éviter de se retrouver sans domicile. Si cette solution peut fonctionner à court terme, elle peut aussi accroître leur vulnérabilité à la dépendance économique, à l’exploitation et à d’autres formes de maltraitance en raison des déséquilibres de pouvoir et de leur autonomie limitée. Il n’est pas rare que les femmes aînées soient amenées à s’occuper sans rémunération de leurs petits-enfants ou de membres de leur famille malades en échange d’un logement. C’est une situation qui peut rapidement devenir malsaine. À l’inverse, les membres de la famille qui n’ont pas de logement stable peuvent emménager chez une femme plus âgée, créant ainsi une dépendance qui est un facteur de risque bien documenté de maltraitance des personnes aînées. Sans logement stable et indépendant, les femmes aînées risquent en plus d’être placées dans des institutions telles que des maisons de retraite où elles peuvent perdre leur autonomie, leur intimité et leur libre arbitre. De plus, de nombreuses initiatives en matière de logement ne tiennent pas compte des traumatismes à long terme des victimes de VFG, ce qui limite leur efficacité et prive ces femmes d’options viables pour un logement sûr et digne.
Malgré les obstacles importants à un logement sûr et stable, plusieurs facteurs de protection peuvent contribuer à réduire la vulnérabilité des femmes plus âgées face à l’itinérance, à l’exploitation et à d’autres formes de victimisation. Il est essentiel de développer des projets pour le logement qui tient compte de l’âge et de la VFG, car de nombreux refuges et programmes de logement de transition existants ne répondent pas de manière adéquate aux besoins des survivantes plus âgées. Les formules pour les loger doivent tenir compte des traumatismes et de la violence, être accessibles et flexibles, afin de garantir que les femmes aînées souffrant d’un handicap, d’une maladie chronique ou de problèmes de mobilité disposent d’un espace de vie sûr et approprié. Les aides financières telles que les subventions au logement, les allocations logement relatives aux personnes âgées et les mesures de protection juridiques pour les locataires peuvent aider les femmes aînées à obtenir un logement stable à long terme plutôt que d’être contraintes à des arrangements précaires ou menant à de l’exploitation.
Des voies de solution communautaires qui réduisent l’isolement et la dépendance sont essentielles. Les modèles de cohabitation, les modes de vie intergénérationnels et les logements adaptés aux aînées peuvent offrir sécurité et liens sociaux tout en préservant l’autonomie des aînées.
Le renforcement des protections juridiques et la défense des droits au logement peuvent de plus contribuer à prévenir les expulsions, la discrimination et des situations coercitives. Garantir aux femmes aînées l’accès à l’aide juridique, à des organismes de protection des locataires et aux ressources nécessaires pour contester des conditions de vie injustes peut améliorer considérablement la sécurité du logement de ces personnes.
La VFG est à la fois une cause et une conséquence de l’insécurité économique chez les aînées. Pour les femmes âgées de 55 ans et plus, la pauvreté est souvent le reflet d’une vie entière marquée par des iniquités structurelles. Des revenus plus faibles tout au long de leur vie, des interruptions de carrière pour s’occuper des enfants ou des proches et la sous-évaluation systémique du travail des femmes créent des écarts en matière de pauvreté entre les sexes qui s’accentuent avec l’âge.
Les femmes aînées sont plus souvent appelées que les hommes à vivre seules et à dépendre de revenus fixes comme les prestations de la Sécurité de la vieillesse (SV) ou du Régime de pensions du Canada (RPC) et du Régime des rentes du Québec (RRQ). De nombreuses femmes n’ont pas de caisse de retraite du secteur privé ni d’économies, en particulier celles qui ont passé des années à accomplir des tâches d’aidante non rémunérées ou mal rémunérées. L’écart entre les genres des salaires versés s’aggrave avec le temps. Il se transforme alors en un écart de revenu à la retraite qui expose les femmes aînées à du stress quotidien sur le plan financier, à de l’insécurité pour se loger et à de la dépendance envers autrui pour leurs besoins de base.
La pauvreté n’est pas seulement un problème de nature économique, mais c’est aussi une forme de violence structurelle. Elle limite les choix et la sécurité des femmes. La dépendance financière envers un agresseur peut piéger une femme dans une relation violente. Pour celles qui quittent leur domicile, la pauvreté peut rendre impossible l’accès à un logement assurant leur sécurité, à des moyens de transport ou à une représentation juridique. Dans les régions rurales et isolées, où les services publics sont rares et les transports en commun limités, les obstacles d’ordre financier se traduisent souvent par un isolement social et à des dangers plus grands.
Les aînées autochtones, immigrées ou racialisées connaissent des niveaux de pauvreté encore plus élevés en raison de la dépossession coloniale, de la discrimination systémique et de l’inégalité pour l’accès à un emploi sûr et à des avantages sociaux. Ces iniquités seront aggravées par un encadrement politique s’appuyant sur des mesures fondées sur le revenu du ménage qui masquent ainsi la pauvreté à l’échelle personnelle des femmes et qui cachent leur vulnérabilité financière au sein de leur couple.
L’invisibilité de l’insécurité économique des femmes est entretenue par le manque de données ventilées à ce sujet. Bien que Statistique Canada fasse état de taux de pauvreté globalement plus faibles chez les personnes âgées, ces moyennes masquent de profondes disparités entre les genres chez les femmes aînées, en particulier celles qui vivent seules, qui sont divorcées, veuves ou handicapées. Il est donc crucial de reconnaître que la pauvreté est à la fois un problème lié au genre et un problème d’ordre structurel afin d’élaborer des stratégies de prévention qui garantissent la sécurité, la dignité et l’autonomie des aînées.
Les facteurs sociaux et économiques ont des effets profonds sur la santé mentale des aînées qui ont été victimes de VFG. Ces facteurs interdépendants contribuent à la détresse psychologique chronique, à la consommation de substances psychoactives et à des freins à l’accès aux soins. Les victimes survivantes souffrent souvent des conséquences à long terme sur leur santé mentale comme la dépression, l’anxiété, le syndrome de stress post-traumatique ou des tendances suicidaires. Ces répercussions sont aggravées par l’instabilité économique, l’isolement social et le manque d’accès aux soins de santé. L’âgisme et le sexisme dans les milieux médicaux accentuent encore ces difficultés, car les problèmes de santé mentale chez les femmes plus âgées sont souvent ignorés, mal diagnostiqués ou minimisés par le personnel soignant. Des recherches ont montré que les traumatismes subis par les femmes aînées sont souvent négligés, ce qui conduit à des interventions inappropriées ou inefficaces en matière de santé mentale. (Gouvernement du Canada, 2023).
Les difficultés économiques constituent aussi un obstacle majeur aux soins de santé mentale. De nombreuses aînées n’ont pas les moyens de se payer une thérapie, des soins psychiatriques ou des services spécialisés dans le traitement des traumatismes, en particulier si elles ne disposent pas d’épargnes à la retraite, d’une assurance ou d’une indépendance financière. Certaines peuvent éviter de demander de l’aide en raison des attentes de la société, des normes culturelles ou d’un sentiment de culpabilité intériorisé, craignant d’être jugées pour avoir donné la priorité à leur propre bien-être. En plus, les services de santé mentale ne sont souvent pas conçus pour les personnes qui ont subi des traumatismes tout au long de leur vie, mais se concentrent plutôt sur des interventions immédiates en cas de crise plutôt que sur l’impact profond et cumulatif des violences subies tout au long de la vie (SAMHSA, 2020).
Malgré ces défis, plusieurs facteurs de protection peuvent contribuer à atténuer les effets à long terme de la VFG sur la santé mentale et aider les femmes aînées à jouir d’un bien-être émotionnel, social et économique. Un des facteurs de protection les plus importants est l’accès à des soins tenant compte des traumatismes et de la violence (STCTV) et à des services de santé mentale adaptés à leur groupe d’âge. Les fournisseurs de soins en santé mentale doivent reconnaître l’impact cumulatif de la VFG tout au long d’une vie, plutôt que de se concentrer uniquement sur les traumatismes immédiats. Les approches tenant compte de l’âge doivent remettre en question les préjugés liés à l’âge, en veillant à ce que les besoins des femmes aînées en matière de santé mentale soient pris au sérieux et qu’elles soient traitées avec dignité. Les schémas de STCTV aideront également les spécialistes à éviter de traumatiser à nouveau cette clientèle en proposant des interventions de soutien sans jugement et centrées sur les survivantes.
Les liens sociaux et les réseaux de soutien jouent de même un rôle essentiel dans la réduction de l’isolement et l’amélioration de leur bien-être. Les groupes de soutien par les pairs, les communautés religieuses et les réseaux dirigés par des survivantes offrent des espaces où les femmes âgées peuvent partager leurs expériences sans stigmatisation ni jugement. Les programmes mettant en relation les survivantes âgées avec des mentors, des pairs alliés et des groupes intergénérationnels contribuent à restaurer leur sentiment d’appartenance et leur autonomie. Les services communautaires tels que l’art-thérapie, les groupes de pleine conscience et les activités récréatives offrent des moyens non cliniques d’améliorer leur santé mentale, en particulier pour celles qui hésitent à suivre des thérapies plus formelles.
De nombreuses aînées victimes de VFG sont confrontées à un amalgame complexe de traumatismes, de difficultés économiques et de maladies mentales non traitées, ce qui augmente les risques de troubles liés à l’utilisation de substances psychoactives et aggrave les symptômes des maladies mentales. En raison des effets cumulés de la violence, de l’instabilité financière, des douleurs chroniques et de l’isolement social, de nombreuses femmes plus âgées se tournent vers ces substances comme un mécanisme d’adaptation. Elles sont plus susceptibles de s’automédicamenter avec de l’alcool ou des médicaments sur ordonnance (tels que les opioïdes, les benzodiazépines ou les somnifères) afin de gérer des symptômes traumatiques, la douleur ou des troubles du sommeil. Certaines peuvent également se tourner vers la nicotine ou les drogues illicites comme moyen de faire face à leur situation, souvent en l’absence d’un soutien social et psychologique adéquat.
Malgré toutes ces réalités, les femmes aînées qui consomment des substances psychoactives sont souvent victimes d’une stigmatisation accrue, ce qui les empêche d’accéder à des soins. Le discours dominant de la société présente la consommation de substances psychoactives comme un comportement imprudent ou immoral, plutôt que comme une réponse à un traumatisme, à la douleur et à des iniquités structurelles. Cette stigmatisation est particulièrement marquée chez les femmes plus âgées, qui sont souvent jugées plus sévèrement que les jeunes ou les hommes pour leur consommation, car celle-ci contredit les attentes de la société à l’égard des femmes aînées en tant que soignantes, d’aînées responsables et de modèles au chapitre de la morale. En conséquence, les prestataires de soins de santé, les services sociaux et les spécialistes des services de lutte contre la VFG peuvent ignorer, rejeter ou même stigmatiser la consommation de substances psychoactives chez les aînées au lieu de leur apporter du soutien sans jugement et tenant compte des traumatismes subis par elles.
Afin de mieux aider les femmes aînées consommant des substances psychoactives, les professionnel.elle.s doivent changer leur approche en passant d’une perspective moralisatrice ou axée sur l’abstinence à un modèle de santé tenant compte de la consommation de substances psychoactives. Cela signifie :
Une approche sanitaire de la consommation de substances psychoactives reconnaît que celle-ci existe à différents degrés, que les rechutes font partie intégrante du processus de guérison et qu’il est plus efficace d’accompagner les personnes là où elles en sont plutôt que d’adopter des modèles punitifs ou prônant simplement l’abstinence. Sans ces changements, de nombreuses femmes aînées continueront d’être exclues des services sociaux, réduites au silence par la honte ou contraintes de gérer seules leur consommation, ce qui aggravera leur vulnérabilité face à la VFG, à la pauvreté et aux crises évitables dans les services de santé.
L’intersectionnalité entre la VFG, l’insécurité économique et l’isolement social a un impact profond sur la santé mentale et la toxicomanie chez les aînées. Sans interventions ciblées, ces femmes restent exposées à un risque élevé de détresse psychologique chronique, de troubles liés à la consommation de substances et à une victimisation constante.
À consulter (en anglais) : Harm Reduction and Substance Use Health - EQUIP Health Care | Research to Improve Health Equity
Les femmes aînées sont confrontées au pays à des obstacles systémiques sur le marché de l’emploi en raison de la discrimination fondée sur l’âge, des préjugés sexistes, de leurs responsabilités associées à la prestation de soins et de leur précarité au niveau économique. Beaucoup d’entre elles ont passé des années à occuper des postes non rémunérés ou mal rémunérés dans le secteur des soins à la personne, ce qui se traduit par des revenus moins élevés au cours de leur vie, des cotisations pour la retraite moindres et une plus grande insécurité financière à un âge avancé. Les femmes cherchant un emploi à un âge avancé sont confrontées à des pratiques d’embauche discriminatoires fondées sur l’âge, à des conditions de travail précaires et à des possibilités d’avancement limitées. En effet, de nombreux employeurs estiment qu’elles sont moins adaptables, moins à l’aise avec les nouvelles technologies ou plus coûteuses à embaucher. Ces préjugés poussent les femmes aînées vers des emplois à bas salaire, à temps partiel ou à la pige, les empêchant ainsi d’atteindre une certaine stabilité financière. Un rapport récent a révélé que 52,6 % des personnes âgées de 55 à 64 ans ont été victimes de discrimination fondée sur l’âge au travail, les femmes étant plus souvent confrontées à ces préjugés que les hommes. (Gouvernement du Canada, 2023). De plus, un sondage mené par Women of Influence a révélé que près de 80 % des femmes ont déclaré avoir été victimes de discrimination reliée à leur âge dans leur milieu de travail (Women of Influence, 2024). Ces difficultés sont encore plus grandes pour les aînées victimes de VFG, car la dépendance financière vis-à-vis de leur agresseur, les interruptions de carrière dues aux traumatismes et le manque de mesures de soutien sur les lieux du travail adaptées aux victimes de VFG constituent des obstacles importants à leur stabilité sur le plan financier.
Pour les victimes survivantes de VFG, ces difficultés sur le marché du travail sont encore plus aiguës. Beaucoup d’entre elles restent dans des relations violentes en raison de leur dépendance financière, en particulier si elles ont passé des années en dehors du marché du travail officiel. Celles qui quittent des situations de violence ont du mal à retrouver un emploi, car ces personnes sont confrontées à de longues périodes d’inactivité dans leur CV, à un manque de formation professionnelle récente et à des traumatismes persistants qui affectent leur rendement au travail. Les milieux de travail ne proposent souvent pas de politiques tenant compte de la violence sexiste, ce qui rend difficile pour les survivantes de trouver un emploi tout en gérant leur rétablissement sur les plans juridique, financier et émotionnel. L’absence de soutien structuré, combinée à la discrimination fondée sur l’âge et à des conditions de travail précaires, signifie que de nombreuses aînées survivantes de VFG sont confrontées à un choix difficile : rester dans une situation dangereuse ou subir de la pauvreté et de l’instabilité économique.
Il faut donc pour remédier à ces problèmes modifier en profondeur les politiques afin de lutter contre l’âgisme sexiste dans le recrutement, la promotion et la formation en milieu de travail, tout en veillant à ce que les services d’emplois et les milieux de travail intègrent des approches tenant compte de la VFG. Sans intervention, les femmes aînées, en particulier celles qui sont victimes de VFG, continueront d’être exclues du marché du travail, de connaître une précarité financière et d’être davantage exposées à la violence et à l’exploitation. Des changements structurels sont donc nécessaires afin de créer de véritables voies d’accès à la sécurité et à l’indépendance économique pour les aînées au Canada.

Le RCPMTA renforce la sensibilisation, le soutien et les capacités pour une approche pancanadienne coordonnée en matière de prévention de la maltraitance et de la négligence envers les personnes ainées. Nous promouvons les droits des personnes aînées par le biais de la mobilisation des connaissances, la collaboration, la réforme des politiques et l’éducation.
Le projet Fleurs sauvages/ Wildflower est une initiative de cinq ans menée par le RCPMTA et guidée par un groupe de partenaires provenant de nombreux secteurs, notamment les refuges, les maisons de transition et d’hébergement temporaire, les services de lutte contre la violence faite aux femmes, la prévention de la maltraitance des personnes aînées et les services communautaires de soutien aux adultes âgés.
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